Un échange de lettres entre Philippine et Sophie

De Ph. Duchesne à M.S. Barat à Paris

S.C.J.M.

Nation et village des Potawatomi

21 juillet 1841

Rec. à St-Ant. de Padoue

Ma bien vénérée Mère,

Nous sommes enfin sur les terres tant désirées. Nous partîmes de Saint-Louis avec le Père [Verhaegen] provincial, qui remplace Mgr Rosati en tout ce qui n’est pas propre à un évêque, et deux autres Pères. Nous voyageâmes d’abord par eau, partant le beau jour de Saint-Pierre, après avoir reçu la visite et la bénédiction de l’évêque du Natchez, qui aura, plus que nous, des difficultés.

Il n’y en a ici que quand on s’occupe trop du lendemain. La nation, chassée des bords du Michigan par les Américains, ainsi que beaucoup d’autres, est à moitié catholique, faisant village à part avec les païens qui se convertissent peu à peu. Une fois baptisés, ils ne connaissent plus l’ivrognerie, le brigandage ; ce qui se trouve est mis à la porte de l’église pour être reconnu du propriétaire.

Aucune maison ne ferme, et rien n’y manque jamais. Ils assemblent en partie le matin, pour la prière, la messe et l’instruction. Le soir, ils vont encore à la prière, et mangent sept fois par jour. Le curé n’est pas d’avis, jusqu’à présent, qu’on apprenne une autre langue aux enfants, il craint qu’ils ne se corrompent. On verra encore à cela. Il insiste surtout sur les ouvrages des mains. Car hommes et femmes dorment une partie du jour et remplissent en silence notre maison qui est celle d’un sauvage. […]

Nos effets ne sont point arrivés, ce qui me force de prendre du papier grossier. J’ai été malade et ai une faiblesse de tête que je n’ai jamais éprouvée. Elle m’excuse pour la lettre, dont le contenu est vrai, mais vous aurez des exagérations.

 

De M.S. Barat a Ph. Duchesne a Sugar Creek

SS.C.J. et M.

Paris, 23 août 1841

Avec quelle consolation, chère Mère et ancienne fille, j’ai reçu votre lettre, sans date, timbrée du village des Potawatomi. Enfin vous avez touché ces plages sauvages, objet de vos longs et ardents désirs. Jésus veuille vous y conserver et vous donner les moyens d’y faire le bien.  Nous vous envoyons quelques objets par nos partantes, peu d’argent, car les moyens s’épuisent. […]  Je serai heureuse de vous mettre à ma place. Vous prierez pour les donateurs. Les objets que vous recevrez viennent d’un pauvre ouvrier de filets et sa sœur, couturière.  [Ils] ont donné chacun une piastre, prix de leurs sueurs. […] Faites prier les petites sauvages pour nous tous.

Je suis fâchée de ce que votre maison n’est qu’une cabane.  Jésus vous aidera. Vous êtes, ce me semble, partie trop tôt : l’année prochaine eût suffi ; mais notre bon Maître a tout permis pour le mieux : ayez confiance. […]

Recevez l’assurance de mon tendre et inaltérable attachement avec lequel il m’est si doux de me dire, chère Mère et fille,

Votre Mère dévouée

Barat supérieure générale.

 

De Ph. Duchesne à M.S. Barat

Sugar Creek, Potawatomi

SS. C. J. M.

22 septembre 1841

Ma bien respectable Mère,
    
Le bien se fera ici aussi lentement que le permettra l’humeur insouciante des sauvages. Du reste les enfants sont bonnes et en général intelligentes ; elles peuvent apprendre facilement, mais y mettent peu d’intérêt, et il faudrait bien se garder de leur faire des reproches, mais les attirer par amitié. Plusieurs chefs des petites nations voisines donneront leurs filles, mais comment les entretenir ? 

Nous aurions pour nous-mêmes bien des difficultés, sans le secours des bonnes vaches des missionnaires, dont le lait pourrait presque suffire à notre nourriture. Je lui attribue le renouvellement de mes forces, car je vais tous les jours deux fois à l’église sans aucun secours. Mes Sœurs se trouvent aussi toutes mieux. Sœur O’Connor n’a plus de migraines, et Sœur Louise paraît infatigable et de bon appétit, le lard est devenu du poulet pour elle. 

Trois personnes suffisent pour l’ouvrage, et je crains bien que les enfants, déjà diminuées, ne soient qu’un bien petit nombre à l’époque du froid et des mauvais chemins.

Veuillez, ma digne Mère, me bénir et me croire.

Votre dévouée servante,

P. Duchesne rel. du S. C.

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